Zaventem
est-il encore territoire national ? |
L'actualité politique
met chaque jour en avant, l'écart qui sépare le nord
du sud du pays. Cet écart est pudiquement appelé "problème
communautaire" et, bien pis encore, séparatisme, éclatement
du pays, etc etc. Tout fait donc farine au moulin pour qui entend
bien faire vivre ses derniers moments au pays.
C'est au quotidien que ces chantres nationalistes sortent leurs
calculettes et démontreront que tel ou tel dossier est plus
profitable à une région plutôt qu'à une
autre.
Dans ce climat de haute tension, le paysage politique belge est
parfois traversé d'accalmies, de trêves. Heureusement.
Parfois aussi, la presse révèle certains faits divers
moins marrants. Le cas que nous rapportons dans cette édition
mérite réflexion à plus d'un titre. Nul ne
sera besoin de faire un dessin pour vous faire comprendre pourquoi.
Dans la foulée de ce fait-divers, nous avons rencontré
la sénatrice wavrienne Marie-José Laloy dont on sait
tout l'attachement qu'elle porte à tout ce qui touche directement
ou indirectement la démocratie, sa défense, son fonctionnement.
Rappel des faits.
Ainsi donc, ce jour là, un taximan francophone, venu du Brabant
wallon à Zaventem pour y conduire des clients à l'aéroport,
stationne son véhicule près de l'entrée de
la grande salle de l'aéroport. Dans la précipitation,
(car en ces lieux où la vie se déroule à mach
2, le temps est compté), le taximan ne remarque pas que son
véhicule déborde de 50 centimètres de la zone
autorisée. Le temps de décharger les valises du coffre,
il se fait apostropher par un trio de policiers, qui se trouvaient
dans les parages. On peut franchement penser que ces policiers ont
(mais on ne saura jamais le prouver) entendu le taximan et ses clients
parler en … français. Ce qui n'empêche pas l'un
des policiers de faire remarquer en flamand et sur un ton assez
rude (euphémisme) et gesticulations à l'appui, que
le véhicule n'est pas bien garé et qu'il faut le bouger.
Réplique polie et en français du taximan : "Excusez
moi, monsieur l'agent, mais j'en ai vraiment pour une toute petite
minute et puis je m'en vais".
Colère du policier, en flamand : "Mais nom de Dieu,
vous êtes à Zaventem ici. Et vous devez donc parler
en flamand, sinon cela va mal se passer".
Le taximen, qui a compris vaille que vaille le message, explique
qu'il ne connaît pas la langue de Vondel. Sur ce, on lui demande
ses papiers, on fait le tour de son véhicule plutôt
deux fois qu'une. Rien d'anormal. Sur ce, le policier, cette fois
renforcé par la présence encore plus rapprochée
de ses collègues, explique à ces derniers que le taximan
le nargue, que le taximan ne se rend pas compte qu'il est en Flandre,
et patati et patata. Sur ce, un des policiers s'adresse au taximan
: “ J'espère que vous avez compris la chance que vous
avez aujourd'hui. Parce que nous sommes de très bonne humeur
ce matin. Mais vous n'aurez pas toujours autant de bol. Moi, à
votre place, je m'arrangerais avec un collègue flamand pour
éviter des emmerdements et je ne reviendrais plus moi-même
ici".
Ce fait divers, dont la presse quotidienne avait fait état,
a été expliqué à la sénatrice
Marie-José Laloy, qui nous l'a commenté, après
l'avoir bien considéré par sa lorgnette de femme -
politique - socialiste - belge siégeant au Sénat et
au conseil communal de la ville de Wavre.
Par la lorgnette de Marie-José Laloy
Marie-José Laloy :"Le cas du taximan mériterait
au moins qu'une plainte soit déposée. Pour plusieurs
motifs. Le premier étant que la police bruxelloise doit être
bilingue. Dois-je rappeler que dans le cas qui nous occupe, ces
policiers sont des agents de l'état travaillant sur un territoire
national. Deuxièmement, j'estime que le comportement de la
police a été dangereux pour la sécurité.
En effet, ne plus avoir confiance en son voisin flamand ou avoir
le sentiment qu'on ne peut plus lui faire confiance, c'est la porte
ouverte aux dérives. Dois-je souligner que les conflits communautaires
sont nés comme cela".
Marie-José Laloy va encore plus loin dans son raisonnement
lorsqu'elle rappelle certaines choses que les aînés
ont gravées à tout jamais dans leur mémoire
mais qu'il faut bien rappeler aux plus jeunes :
" La sécurité d'un pays est fragilisée
par des conflits internes. Par ailleurs, le nationalisme défend
de façon absurde la nation. Les flamingants font penser aux
nazis. Le nationalisme va à l'encontre de l'Europe que nous
avons souhaitée"
Pas tous dans le même sac
La sénatrice wavrienne rappelle aussi que certains flamingants
prennent un peu vite leurs rêves pour des réalités:
"Les Flamands veulent plus d'autonomie? Ils disent qu'ils paient
pour les wallons ? Ils sont 24% des électeurs flamands à
dire cela. Mais plus de 75% des électeurs flamands sont des
démocrates. Je le dis tout net: il ne sert à rien
de trop diaboliser la Flandre. Mais on doit être vigilant.
Le cas de Zaventem est assez révélateur à ce
sujet. Pour ma part, je préfère me dire que 75% des
élus flamands l'ont été sur des listes qui
se revendiquent démocrates. J'y vois une sorte de garantie
et une raison d'espérer que la démocratie a les outils
en mains pour résister à ceux qui veulent la détruire.
Mais, je le répète: plus que jamais, il convient d'être
vigilant".
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